
Les femmes humaines et les animaux non humains : des objets d'oppression, des sujets de libération.
(15/11/2009)
Manifestation nationale contre la violence masculine sur les femmes
Communiqué d'adhésion à la mobilisation du 8 mars 2008 en Italie.
Pour adhérer à l'appel, écrivez-nous en indiquant votre prénom, votre nom, votre ville et votre pays.
Traduction : Agnese Pignataro
Beaucoup de gens pensent que celles et ceux qui ne mangent pas les animaux et les produits d'origine animale sont motivé-e-s par un respect général envers la « Vie » ; notamment, dans les discussions sur la question de l'avortement, on s'attend à ce que les végétarien-ne-s et les végan-e-s soutiennent forcément le droit absolu du fœtus à naître, y compris contre la volonté de la mère. Certain-e-s végétarien-ne-s et végan-e-s voient probablement les choses ainsi, mais nous non, et en ce moment où l'attaque contre l'autodétermination des femmes en matière de maternité devient de plus en plus violente en Italie nous voulons ajouter nos voix à celles de tous les autres sujets de la société italienne qui se mobilisent actuellement pour défendre le droit des femmes à l'interruption de grossesse.
En refusant de manger les animaux, nous refusons la conception « essentialiste» de la vie qui juge digne d'être respectée et défendue uniquement la vie humaine, même dans ses formes purement potentielles (embryons et fœtus de quelques semaines). Pour nous, ce sont les individus sentients qui sont dignes d'être respectés et défendus, c'est-à-dire ceux qui sont les sujets d'une expérience consciente, capables d'éprouver des sensations, d'avoir des idées, d'entretenir des relations émotionnelles et sociales avec d'autres sujets; qui ont une histoire – même très courte – faite d'expériences passées et d'attentes pour le futur. Les milliards d'animaux non humains abattus chaque année à cause de la consommation de la viande et des autres produits animaux correspondent pleinement à cette définition et c'est pour cette raison que nous avons choisi de ne pas participer à leur mise à mort en devenant végétarien-ne-s et végan-e-s.
Nous savons que notre idée que des vies non humaines adultes sont plus dignes de respect que d'autres vies humaines purement potentielles pourrait nous valoir l'accusation d'être « anti-humain-e-s ». Nous rejettons fermement cette accusation, pour deux raisons.
Premièrement, parce que l'interruption de la grossesse est un cas de conflit entre les intérêts de deux vies humaines, dont une – celle du fœtus – est une simple existence biologique, alors que l'autre – celle de la mère – est une existence historique, avec un passé et des projets personnels : en soutenant le droit de la femme à avorter si elle l'estime nécessaire, nous reconnaissons une valeur à sa capacité de faire des choix responsables concernant sa maternité. Dans l'alimentation carnée, au contraire, le conflit d'intérêts est tellement disproportionné – la vie de l'animal mangé contre une simple question d'habitude et/ou de goût de l'humain qui le mange – qu'une priorité attribuée à l'humain ne reconnaîtrait d'autre valeur que celle de la cruauté inutile.
Deuxièmement, parce qu'en critiquant l'élevage des animaux visant à les transformer en produits à manger, nous nous opposons à l'idée malsaine selon laquelle ils n'existent qu'en tant qu'exemplaires de certaines fonctions biologiques (se reproduire et s'engraisser) et non en tant qu'individus. Sur la base de cette critique, nous reconnaissons la même idée malsaine à l'œuvre dans le discours de ceux qui veulent empêcher la femme de décider si elle veut ou non être mère ; ce discours nie la dimension émotionnelle de la maternité et la réduit à la production de fœtus à défendre à tout prix, et enchaîne la femme à sa fonction biologique de récipient procréateur, refusant de voir en elle un individu avec mille capacités et désirs. Ce n'est pas une coïncidence si l'idéologie patriarcale a toujours lié étroitement féminité et animalité : nous, nous voulons libérer de son joug et l'une et l'autre.
Pour ces raisons, le 8 mars prochain nous encourageons une présence végétarienne et végane dans les manifestations italiennes où les revendications des femmes seront exprimées : nous voulons élever notre voix contre le patriarcat, en défense de la laïcité et, bien sûr, contre le spécisme.
Végétarien-ne-s ! Végan-e-s ! Descendez dans la rue le 8 mars !