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Les femmes humaines et les animaux non humains : des objets d'oppression, des sujets de libération.

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17 mai, Paris et Rome:

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Et si l’humain valait l’homme ? Antisexisme et antispécisme : rapport d’un dominant

Yves Bonnardel

Cet article est paru dans le recueil d’articles Nouvelles approches des hommes et du masculin, sous la direction de Nicky Le Feuvre et Daniel Welzer-Lang, aux Presses universitaires du Mirail, en 2000. Il n’avait pas fait grand bruit ; j’y avance, mais de façon bien moins détaillée que ça le mériterait, que dans le maintien des oppressions, les déterminants identitaires (les enjeux des dominations) sont peut-être aussi importants que les déterminants matériels (les enjeux des exploitations). YB

Le texte integral de l'article est consultable ici.

Résumé :

« Proféministe », et « antispéciste », partant d’une situation d’« homme », je me bats contre le sexisme, partant d’une situation d’« humain », je lutte contre le spécisme.

Et je découvre des parallèles. Notre vision des animaux et des femmes sont similaires : comme autrefois les esclaves, ils et elles sont appréhendés comme corps. Les femmes comme corps sexuels, les animaux comme corps carné. L’humain se perçoit comme ayant un corps, et voit l’animal comme étant un corps ; l’homme se perçoit comme ayant un corps (notamment, ayant un sexe dont il use), et voit la femme comme étant un corps, plus spécifiquement un sexe. Animaux et femmes, parce que possédés par leurs instincts : par leur corps ou leur uterus, sont appropriés. Hommes et humains, parce que possèdant leur corps et le soumettant, sont propriétaires d’eux-mêmes et du reste.

La consommation sexuelle du corps des femmes marque traditionnellement leur appropriation par un homme. Cette instrumentalisation du corps (qui peut passer par le viol ou le meurtre) signe la distinction, la différence de valeur entre hommes et femmes. De même, manger un animal, c’est l’utiliser radicalement : peut-on nier plus fondamentalement sa valeur à lui, et affirmer plus efficacement la nôtre en comparaison ? Voyons avec quelle horreur nous considérons l’anthropophagie...

Le corps est le symbole de la matérialité et de la naturalité, et dans une civilisation qui oppose le corps à l’esprit, la chair à l’âme et la Nature à l’Humanité, utiliser quelqu’un dans son corps reste une façon fondamentale de le dévaloriser. Le symbole principal de la domination des hommes sur les femmes passe par la sexualité. Parallèlement, le symbole principal de notre domination sur les autres animaux consiste en la pratique de les manger. D’utiliser leur individualité, non comme corps-sexe, mais comme corps-chair, comme simple matière. Pour les dominants, ce sont des symboles. Pour les dominé-e-s, ce sont la souffrance, la mort.

Les hommes se posent comme ayant une valeur – par rapport aux femmes, méprisées ; de même, les humains – par rapport aux animaux. Ces identités sont fondamentalement basées sur la domination et l’instrumentalisation des autres. Par soucis de justice, il nous faut ainsi remettre en cause les plus fondamentales de nos identités : d’homme, et d’humain.