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Les femmes humaines et les animaux non humains : des objets d'oppression, des sujets de libération.

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(15/11/2009)

Actualités

28 novembre 2009, Rome (Italie):

Manifestation nationale contre la violence masculine sur les femmes

Femmes et animaux : un nouveau parcours de lutte

Agnese Pignataro

Cet article a été écrit à l'occasion de la mobilisation du 22 novembre 2008, pour présenter le collectif donnEanimali et ses parcours de réflexion. Il a été publié sur le site Il Paese delle donne on line le 21 novembre 2008.

Traduit de l'italien par l'auteure.

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Il y a un an, à l'occasion de la manifestation nationale des femmes italiennes contre la violence masculine, des militant-e-s italien-ne-s contre l'exploitation animale ont commencé à s'interroger au sujet de l'intersection entre la discrimination selon le genre et la discrimination selon l'espèce. Ils fondèrent ainsi le collectif donnEanimali.

La question n'a pas été beaucoup explorée en Italie, et certaines personnes vont peut-être la trouver marginale. Cependant, la voix et l'expérience des femmes – déjà plus nombreuses que les hommes à choisir le végétarisme, à prendre soin concrètement des animaux et à militer politiquement en leur faveur – constituent une contribution fondamentale à la lutte pour la libération animale.

Le parcours de donnEanimali est né comme critique de l'abstraction caractéristique du regard masculin, et de sa tendance à catégoriser même quand il nie l'idéologie spéciste : en effet, sans l'apport de la pensée féministe, qui sépare le biologique du politique, parler simplement d'anti-spécisme risque de reproduire sur le plan conceptuel la distinction entre les « espèces » bâtie par cette idéologie-même que l'on veut réfuter. Au contraire, non seulement l'espèce est-elle une catégorie historique, donc changeante (comme l'affirme la biologie évolutionniste), mais surtout il s'agit d'une catégorie politique, comme le genre et la race, qui en tant que telle ne coïncide pas avec des distinctions biologiques. Ce n'est qu'en reconnaissant cela qu'il devient possible de voir les animaux comme des sujets avec lesquels nous pouvons vivre, dans une société élargie, « multispécifique » (dans le même sens dont on parle de multiculturalisme), plutôt que comme des êtres à tolérer ou à protéger, attitude qui pérenniserait le même geste qui les rend esclaves aujourd'hui.

Cette difficulté est une conséquence directe de la prédominance de la parole masculine dans la théorisation de la question animale. La parole masculine finit par emprisonner l'axe du discours à l'intérieur de la conscience déchirée de l'animal dominant, l'« homme » – en tant que mâle, blanc, occidental, etc. Malgré le « repentir » qu'il exprime, un tel discours ne pourra que réaffirmer l'ego du dominant et sa place sur le devant de la scène, tandis que l'existence concrète des animaux-victimes – des femmes, des peuples colonisés, des migrants, des animaux non humains, etc. – continuera à ne pas se manifester dans sa subjectivité et autonomie, à rester une image fantasmatique et passive : malgré leur « réhabilitation », les victimes continueront à subir en silence la construction de leur identité par les autres.

En prenant la parole, les femmes, qui vivent dans leur chair des conditions d'oppression très proches de celles des animaux, peuvent au contraire amorcer une analyse différente, fondée sur l'exploration des origines matérielles des catégories utilisées pour discriminer. Cette analyse refuse l'idée que l'oppression serait le produit d'un processus psychologique de construction de l'altérité à subjuguer ; ou, selon le sophisme idéaliste typique, qu'elle serait le produit d'une vague « idéologie de la domination » : en effet, les idées peuvent accompagner les conflits sociaux, mais ne peuvent pas en être à l'origine. Il s'agit au contraire d'enquêter, en partant du concret, l'établissement des modes concrets d'appropriation des corps, de l'énergie et du travail des femmes, des animaux et des autres sujets opprimés.

Des éléments apparaissent alors tels quels le partage de la nourriture selon le genre : la tradition veut que la viande revienne aux hommes, et que les aliments plus délicats soient réservés aux femmes ; ceci, ajouté au fait que les animaux tués pour la consommation alimentaire ne sont jamais des « mâles », mais des petits, ou des jeunes castrés, ou des femelles qui ne sont plus productives, mène Carol Adams (dans The Sexual Politics of Meat, 1990, Continuum) à conclure que la consommation de viande est étroitement liée à la domination masculine. Ou encore, tels que l'imbrication entre l'économie zootechnique et l'économie patriarcale : dans le monde rural traditionnel, explique Christine Delphy (dans L'ennemi principal 1, Économie politique du patriarcat, Éditions Syllepses, Paris 1998), la plus grande partie du travail est menée à titre gratuit par les femmes de la famille du fermier ; de sorte qu'à l'esclavage des animaux correspond un esclavage de fait des femmes. Donc, tant en ce qui concerne la consommation de la viande que sa production, l'oppression des animaux représente l'arrière-plan de celle des femmes.

Dans la problématique aussi du prétendu « choc des civilisations », les femmes et les animaux se retrouvent côte à côte en tant qu'objets des deux polémiques les plus récurrentes : le voile et l'abattage rituel. Les femmes et les animaux en sont les victimes concrètes, tout en servant de simples pions dans le duel entre deux différentes technologies du corps : l'une « laïque » occidentale, et l'autre théocratique médio-orientale. Ils restent de purs objets d'appropriation selon les modes de l'une ou de l'autre et ne peuvent s'élever au rang de sujets, seuls gardiens de leur propre intégrité.

En ce moment, donnEanimali explore la façon dont les animaux sont utilisés comme symboles d'un idéal « naturel » de famille dans la littérature enfantine : les mamans ourses qui préparent le repas pendant que les papas ours attendent, en ronflant dans leur fauteuil, sont clairement des ruses visant à inculquer dans l'imagination des garçons et des filles la norme de l'hétérosexualité et la division du travail selon les stéréotypes de genre.

Ce dernier thème introduisait le communiqué d'adhésion de donnEanimali à la mobilisation des femmes italiennes contre la violence masculine du samedi 22 novembre 2008. Ce jour-là, les végétariennes elles aussi ont rejoint le défilé des femmes, avec pour slogan : « personne n'est esclave par nature : aucun code génétique ne condamne les corps des femmes et des animaux non humains à un destin de sujétion ».